"Nous avons été particulièrement touchées par le peuple malgache"

Retour sur le voyage solidaire 2013

Le CEAS a organisé en octobre 2013 un voyage à Madagascar, auquel un groupe de cinq dames dont Micheline Negri faisait partie. Le programme alliait diverses visites des projets de l’ONG réalisés sur les hauts plateaux et des visites touristiques. Retour sur son aventure. 

"La première partie du voyage nous a permis de nous rendre à Ampefy, où nous avons séjourné trois jours durant au centre d’accueil PATMad qui gère les projets du CEAS. Nous avons pu voir le séchage des fruits et les séchoirs solaires ou fonctionnant au biogaz. Surtout nous avons assisté au travail consciencieux et soigné des employés, tous de la région. Nous avons eu également l’occasion de visiter, non loin de là, un atelier de menuiserie, de travaux sur métaux et d’électromécanique produisant les séchoirs précités, des chauffe-eau, mais aussi deux types de pico-turbines."

Soutien à un projet de reboisement
Les plantations de vetiver stabilise les sols"A la demande du village d’Ambohitsilaizina, qui risquait de voir son unique source se tarir, le CEAS a décidé d’intervenir et d’aider de façon directe les deux cents habitants du lieu. Les hauts plateaux connaissent les problèmes relatifs à un déboisement sévère, dû aux cultures sur brûlis, entraînant une forte érosion des sols. De ce fait, les eaux ruissellent et ne s’infiltrent plus dans le sol, d’où l’assèchement des cours d’eau. Le CEAS a donc pris la décision de recourir à une plante, le vétiver - plante non endémique, mais ayant déjà fait ses preuves aux îles Fidji et en Ethiopie - pour reboiser et ainsi stabiliser les sols. C’est une partie de ce projet que nous avons accepté de financer. On peut s’attendre grâce aux 6000 plants à une réduction de 70 % du ruissellement des eaux et à une amélioration de 50 % de leur infiltration dans le sol.

La population de la commune soutenue s’avère très pauvre; non loin de là, nous avons également pu visiter l’école primaire d’Antanety. Le toit n’est plus étanche et les poutres pourraient céder d’un instant à l’autre. La cour est jonchée de détritus… Je souligne cependant la bonne volonté et l’engagement des enseignants rencontrés.Ecole primaire d'Antanety à Madagascar

Très souvent confrontées à la misère pendant le voyage, nous avons été particulièrement touchées par le peuple malgache et nous sommes convaincues de la nécessité d’aider ces gens à reprendre un nouveau départ. Les projets du CEAS donnent une forte impulsion et permettent aux Malgaches de prendre à leur tour la responsabilité du maintien de chaque projets, le but étant de les former afin qu’ils prennent le plus rapidement possible la relève."

Des découvertes touristiques et des émotions uniques
"Côté tourisme, nous avons traversé la forêt primaire de Fianarantsoa à Manakara avec un train accomplissant 170 km à une vitesse de 35 km/h. Un train qui secoue ses passagers, les berce rudement, dans un bruit assourdissant. On sait approximativement quand on part, jamais quand on arrive. Le parcours peut durer douze heures, parfois moins, parfois plus… Le train s’arrête dans dix-sept gares. Il prend son temps. Il est vrai qu’il s’agit d’abord d’un train de marchandises et que lorsqu’il s’agit de charger cent sacs à acheminer jusqu’au bord de l’océan Indien, il vaut mieux ne pas être pressé. A chaque station, des enfants à l’air triste viennent dans le train pour vendre du café, des beignets, des bananes et bien d’autres choses encore. Des scènes de la vie quotidienne s’offrent à nous.

Après le confinement dans le train, l’océan Indien et le vent qui souffle fortement est vivifiant. Les villages de pêcheurs et les marchés colorés se succèdent. La population semble plus heureuse sur la côte, plus détendue. Une pirogue nous attend à Mananjary. Nous voguerons pendant deux jours sur les Pangalanes, des canaux parallèles à l’océan et bordés d’une nature luxuriante. Fréquemment, des enfants qui se baignent nous hèlent, nous font joyeusement signe. Quelques zébus s’approchent des berges. C’est une chance que de se laisser aller à la rêverie tout en admirant la beauté environnante et une opportunité de pouvoir casser le rythme endiablé de nos sociétés occidentales en faisant un retour à une lenteur hautement appréciable.

Après le bateau, la visite de la réserve de Mantadia, dans la forêt pluviale restera inoubliable. Ce parc a été créé en 1970 pour sauver l’indri, un lémurien en voie de disparition, entreprise couronnée de succès à l’heure actuelle selon les chiffres des recensements. D’autres espèces de lémuriens s’ébattent dans la réserve, tous plus adorables les uns que les autres. L’animal est vif et espiègle. Pour qui a la chance d’en voir un de près, c’est une expérience magnifique. Son regard pétille d’intelligence et si on en aperçoit un dans la nuit, c’est grâce à ses yeux orange qui clignotent.

Le retour à Antananarivo met fin à la tranquillité de la forêt pluviale et aussi à notre voyage. La ville victime de ses embouteillages mène la vie dure à ses habitants, elle est un passage obligé, dont je garderai toutefois en mémoire, la beauté des jacarandas en fleurs."

Micheline Negri, participante