Déclic Novembre 2017: Article sous la loupe

Dans la peau d’un apiculteur burkinabè

La plupart des experts sont unanimes, l’apiculture est une pratique qui pourrait permettre aux paysans burkinabè d’élever significativement leur niveau de vie.  Pourtant, malgré de nombreux projets d’ONG pour moderniser l’apiculture et la rendre accessible, le nombre de personnes qui font vivre leur famille de cette activité reste limité et la diffusion d’équipements modernes -pourtant produits localement – reste anecdotique. Avant de se lancer dans un nouveau projet, le CEAS s’est allié à l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Neuchâtel. Ses professeurs mettent à profit leurs compétences et des étudiants pour dessiner les contours d’une approche nouvelle, à même d’avoir un impact élargi. Rencontre avec l’un de ces étudiants, Zeno Boila.

 

Il est de ces personnes qui respirent le calme et la sérénité. Zeno Boila n’a que 26 ans mais lorsqu’il vous parle de son expérience au Burkina Faso, on lui en donnerait dix de plus. Anthropologue en fin de formation, il vient d’effectuer un travail de terrain de 5 mois parmi les apiculteurs du « pays des Hommes intègres ». Encadré par ses professeurs de l’Université de Neuchâtel et par le CEAS, il avait pour mission d’étudier le fonctionnement et les relations entre les acteurs actifs tout au long de la filière apicole de ce pays. Il devait également arriver à formuler des propositions pour que davantage de personnes puissent vivre de cette pratique et qu’elles en vivent mieux.

Installé dès le mois de mars à Ouagadougou, il a eu, au préalable, la chance de participer à un atelier national regroupant les principales associations d’apiculteurs du pays. Les contacts précieux noués lors de cette rencontre lui ont rapidement permis de collaborer avec deux d’entre elles, les associations Wend Puiré et Selintaamba. « Les contacts se sont fait à la façon d’une boule de neige, une personne m’a mené à une autre et ainsi de suite. J’ai ainsi rapidement revêtu l’habit d’apiculteur, au sens propre comme au figuré. On m’a prêté une tenue adaptée et j’ai participé à de nombreuses visites de ruches. J’ai vite compris que si j’avais emporté une tenue suisse, je n’aurais pas tenu longtemps. Les abeilles de chez nous sont des enfants de cœur à côté des abeilles africaines ».

 

 

Zeno s’est ainsi complètement immergé dans l’univers des apiculteurs de la région de Fada, ce qui lui a permis d’y exercer son regard de chercheur, tout en partageant le quotidien des premiers intéressés. S’il n’a pas terminé de rédiger son mémoire, il a déjà fait part de ses principales observations. Elles seront la base d’un nouveau projet qui devrait voir le jour dès 2018.

Constat principal de Zeno, « la ruche de type kenyan, qui fait l’objet de programmes de diffusion depuis des années, facilite énormément le travail des apiculteurs. En plus, le miel qu’on en retire est payé plus cher par les centres apicoles que ceux issus des ruches traditionnelles. Mais paradoxalement, l’immense majorité des ruches utilisées demeurent des installations en paille, fabriquées de manière traditionnelle. » Si chacun s’accorde à dire qu’elles sont difficiles à manipuler et pauvres en termes de rendement, elles sont gratuites, puisque fabriquées par les paysans eux-mêmes. Par ailleurs, l’évolution du marché local tend à exclure les plus pauvres qui ne peuvent pas produire du miel avec de l’équipement moderne, devenu petit à petit un critère d’exclusion.

Une piste évoquée par Zeno et ses professeurs serait dès lors d’inventer, avec ces agriculteurs, une ruche traditionnelle améliorée, qui aurait les avantages des ruches kenyanes, sans engendrer des investissements que seules des subventions permettent de payer : ce sera donc notre nouveau défi. Il nous appartiendra en outre de faire connaître les conclusions de Zeno Boila aux acteurs actifs dans cette filière, tant que Burkina Faso qu’en Europe.

Patrick Kohler